L’autre nuit mon ange gardien m’a beaucoup surprise. Il tentait de me violer pendant que je dormais. Le cauchemar de sa prise m’a fait me réveiller en hurlant. Que se serait-il passé s’il avait pu aller jusqu’au bout ?
Je reviens d’un merveilleux voyage, pays où je voudrais mourir... dans les bras du garçon rencontré dans la forêt. Il a su comment me prendre, quand retournée pour fuir, ma jupe s’est agrippée à la branche pour dénuder ce cul blanc aussitôt sali par la boue sur laquelle il m’avait jetée. M’en délecte. De la boue... m’en lèche les doigts. Et du garçon... m’en lèche la bouche endolorie par les meurtrissures de ses baisers que la suave douceur de sa verge a ensuite radoucies. Dans la forêt l’un à l’autre culbutés. Inconvenance de la sauvagerie.
Tandis que là-bas, dans les villes pour couvrir la peur, l’écran de leurs affects s’érige. Des tonnes d’affects qu’ils ont à revendre. Un capital d’affects à épuiser ; ils s’en épuisent. Quand on n’ose pas voir sa peur, ça m’éclabousse. Désaffectée de naissance, devrais-je recevoir ces éclaboussures d’affects ? Je n’en peux plus de ces chants-là. Que valent litanies d’une rationalisation trop couillesque pour pouvoir être maudite ? La malédiction hante la sauvagerie de la passion. Qui, avant de relier des amoureux, est une manière d’être. Quand la manière d’être des gens des villes n’est qu’enflure pétrie d’affects. Que me valent ces plaintes ? Chatouillis dans mes oreilles. Mais heureusement il y a le vent ! Le vent m’écorche enfin les oreilles et les lave. Le sang qui coule nettoie. Pourquoi l’amour ardent d’Emily Brontë pour le vent ? Sinon parce qu’il est plus fort que tout. Quand on est loin de la mer, seul le vent peut la remplacer. La mer nous rappelle que nous ne sommes que bribes d’un monde. Fondus. Mais trop couards, ils refusent de s’en souvenir. Humains, trop humains, avec vos soifs d’exister. La question n’est pas de faire Un. La seule question est d’être. Mouvants et fluides, en partance dans les bras de la tempête et de la mer. Perdre le pôle de l’Un constitué. Ce qu’ils appellent la dignité humaine. Ah ! ça me donne de ces fous rires ! Parce que le sel de la domination, du masochisme, c’est justement que l’humain perde sa dignité d’humain pour un temps. Vivant en parcelles de pulsions dans l’éclat des phantasmes réalisés. Le réel n’advient pas dans la banalité du quotidien. La continuité quotidienne est un leurre comme les autres. Qui fait croire à l’unité. Au-delà de l’humain constitué pulse une vie en parcelles, réelle. Donnée par le sexe. Et que lui seul donne. Au-delà de l’humain, il y a les divinités et leur nature donc, advenant par le sexe, c’est du cul tout pur. Le réel n’est rien d’autre que ça.
Le percept affleure en moi et me montre le monde comme un champ de sexes en émulsion. Les pensées en découlent. Elles coulent comme du miel. Vallées de lait et de miel, j’y suis tout le temps. Au fond d’un puits inversé où le ciel, couleur de fange, me culbute. Il a le corps du garçon de la forêt. C’est lui le Ciel.
Cela ne tient pas debout, ces hommes avec leur honte de triquer. Ils se disent : mon dieu, si je trique tout le temps, je vais disparaître. La femme prendra le dessus sur moi. Mais ils se trompent. Ce n’est pas la femme qui d’eux prendra possession. Mais ce machin, phallus. Et comme le phallus par définition n’existe pas, ils seraient confrontés à la divinité qui n’est autre que le cul tout pur. C’est là qu’ils dérouillent, se crispent d’une anxiété qui les rend laids. S’ils se voyaient, comme ils deviennent laids avec leurs peurs fantoches ! Je vous assure qu’ils y regarderaient à deux fois avant de reculer comme ça devant leur honte de triquer.
C’est un peu facile pour moi on pourra dire de jeter la pierre sur l’homme non adultère. Moi qui ne crains pas la présence d’absence du phallus puisque je peux y poser mes lèvres, mes doigts, ma langue quand ça me chante, et que c’est comme ça qu’il apparaît et disparaît en même temps. Trouvant sa réelle nature. Oui mais je pourrais aussi bien avoir peur de mouiller. Le liquide c’est la mer, somme toute plus forte que le vent. La mer peut noyer. Je sais le rivage trop loin de moi maintenant pour que je puisse tenter d’y faire retour. Je n’ai plus qu’à me transformer en tornade. Les hommes fuient à mon contact, car le tact les rapprocherait trop de moi, et comme je ne suis rien, désaffectée, la peur les étreint en même temps que leur couardise les empêchant de rendre la peur exquise. La douceur incomparable du pur péché. Je n’en pleure pas mais en ris aux éclats. Des éclats qui me font couler des larmes. Et les larmes se mélangent au foutre. Alors je jouis comme une tornade où l’œil du garçon, mon ténébreux Cyclone, fourrage dans mon con qui lui rend la pareille. C’est chaud à lui en brûler les doigts et la langue et le reste et il aime ça. Je n’aime que la divinité pure, elle qui prend naissance dans le sexe qui s’empare de tous ceux dont le nom est personne. Les personnes s’aiment entre elles, miroirs de leur vie. Je n’ai pas de quotidien. Rien de banal dans mes journées. L’aiguillon de la mort attise le quotidien. Mes Amis sont mes dieux, des priapes en puissance. L’un d’eux dit que c’est foutaise d’appeler ithyphallique l’homme peint dans les cavernes. Que son sexe a juste la bonne taille. Il veut encore baiser. Comme moi il ne pense qu’à ça. Penser n’est pas autre chose. Tous ceux qui voudraient prôner le contraire sont de sales menteurs. Ils prennent des raisons qu’ils entortillent en des théories vaines par définition. Les faces de craie aiment les théories. Ils s’en couvrent comme de manteaux pour cacher la misère de leur peur qu’ils n’ont pas l’audace de regarder en face. Sauver la face c’est prendre la peur, la reconnaître au lieu d’inventer des prétextes crapuleux comme l’analyse pour la justifier.
Je n’aime personne. C’est ce qui me rend si vulnérable. Parce que je vis à chaque seconde dans l’intensité pure, arasement des affects et des sentiments qui ne sont que scories pour couards en mal d’incarnation. L’avantage qu’ils ont sur moi, c’est qu’ils sont habitués à l’ennui. Leur vie rampe sur le tapis de leur ennui meublé par leurs centuples activités qu’ils osent dire aimer, quelle foutaise ! La passion est un état qui ne se partage pas en parcelles d’activités. Mais cette endurance à l’ennui les rend extrêmement résistants au néant de leur vie sordide parce que sans réelle passion. L’ennui, ils le supportent comme de braves, comme de cons kamikazes. C’est comme ça que les faibles sont très dangereux pour les forts.
Je suis malheureuse maintenant, mon ange gardien est amoureux de moi. Il a pris mes hurlements pour une mise en garde, quel benêt cet ange ! Je peux hurler... à lui en crever les tympans. Mais oui qu’il vienne, se mouler un phallus biblique dans lequel je pourrais m’entortiller de mon corps comme une liane brûlante. Que valent les litanies dans les gorges de ceux que la peur étreint ? Ma différence est mon pacte avec la peur. Seul le pacte avec la peur peut vous rendre lucides. Il vous montre les causes vraies des émois, des désarrois, qui sont dûs aux liens quand enfin ils vous font plonger dans, de vous-même, le vide et ne sont en rien imputables à une personne. Les personnes n’existent pas. Se sentir responsable, c’est savoir sa propre peur.
Le courage commence là. Mon courage ? Je n’en ai plus tellement je trempe dedans, de la peur exquise qui me fait être ce vide... J’y suis tout le temps dans ce puits inversé où les figures des couards disparaissent à mes yeux émerveillés comme une enfant. On me blesse de mises en garde utiles. Si quelqu’un ainsi me blesse, pour moi il n’existe plus. Je n’y peux rien, je suis comme ça. Comme Rien. Tu as peur mais tu n’oses même pas le dire. Eh bien, va-t’en et voilà que je tombe dans le regard profond, vert du garçon. Vert un peu grisé comme l’étang gelé où il m’a culbutée, les fesses nues sur la glace qui m’a fait hurler d’une jouissance où j’ai rejoint la tanière des dieux.
Maintenant entière et folle je suis dans l’étreinte du garçon dont les doigts malaxent mes seins jusqu’à une douleur vive où je m’envole jusqu’à la cime de son gland fuselé que je prends pour mon guide en ce monde de tortures innombrables où m’épuisent les affects des gens. Je ne peux pas leur cracher dessus, à ces affects purulents, ils aimeraient trop ça, leurs porteurs qui ont nom d’humains. Le garçon de la forêt n’est pas humain, merci mes divinités lieuses ! C’est l’Ange de passion. Qu’il me viole pendant mon sommeil maintenant. Je suis prête.
Frederika Fenollabbate