Pintchin Éditions
Mademoiselle Renarde
SEXE ET PASSION
Sphères en ivoire, dans mon vagin brûlant, sont deux. Deux boules glissantes dans les eaux troubles du sexe sont retenues par lui qui, sur un ordre lancé par ma tête, au-dedans les maintient.
Sinon, vu leur taille, devenant poissons fuyants, elles s’échapperaient !
Mais le vagin se contracte, ce cher animal qui dès lors se fait sentir par mon être si puissamment. Comme c’est bon... d’être la caverne la plus chaude des deux sources de plaisir, hommes. Par delà les océans, ensemble lovés.
Je suis amoureuse de lui dès la première fois où nous avons parlé et ri de nos trouvailles, nos saillies ingénieuses. Deux jours plus tard, il m’appelait, sans fioritures détournées m’invita gaillardament à passer dans sa garçonnière.
Je le désire, il me désire.
Invitation immédiatement acceptée.
Les boules de geisha lovées dans l’humide chaleur de mon petit animal, j’écris notre amour.
La musique est entrée en moi par la magie de ses doigts. La lampe qui fait le son, au fond de mon vagin, dans sa main, je sautais, à quatre pattes, de plaisir je sautais. Puis je me suis retrouvée sur le dos. Je suis sortie, non pas de mon corps ―expérience banale de l’orgasme― mais de mon être, mon être entier. Et j’en suis sortie nouvelle. Quand j’ai rouvert les yeux, ses doux yeux bleus mystérieux étaient posés sur mon visage. Il paraissait tellement attentif, concentré. J’ai rarement vu une telle absorption dans l’amour. L’amour, c’est lui. Il s’y fond. J’ai dit : J’étais partie loin. Sur le même murmure il a dit : Oui, j’ai vu.
Ses yeux disent la vérité.
Avec admiration, il m’a parlé de l’empereur chinois qui s’est fait enterrer avec toute son armée sculptée. Par quel cheminement de la pensée en est-il arrivé là ? il a dit. Dans ce restaurant où il m’a invitée, que l’on dit le meilleur de la ville et où encore je n’étais jamais allée. Il aime les Chinois. Il les connaît par son travail. La meilleure façon, avec l’amour, de connaître et d’apprendre.
Quel régal la soupe de tortue, les crabes à la vapeur et les crevettes pochées ! Entre deux bouchées nos yeux qui se pénétraient se disaient la même pensée, la promesse d’un plaisir encore plus grand tout à l’heure. Quand on aurait enfin regagné la solitude bien voluptueuse de la chambre à coucher. En sortant du Seefood sur l’Allée des Serpents, nous avons trouvé une pluie chaude, fine.
Je sens une sauvagerie proprement amoureuse tapie au fond de lui et qui ne demande qu’à naître. Promesses de jeux raffinés et tragiques qui me le rendent encore plus précieux... Nous n’osons pas encore. Sans en parler.
Nous cheminons doucement à la découverte de nos corps, de nous-mêmes ensemble.
Un parc, de nuit. Fête des Esprits Affamés. Les fantômes sortent des Enfers par milliers. Il faut les nourrir, s’en purifier. Lui, l’expression un peu grave, me donne la main pour que je n’aie pas peur, sa main douce, protectrice.
Dans l’eau des bassines disposées un peu partout dans le parc illuminé de torches, nous regardons nos reflets. Il paraît que cela fait fuir les fantômes. Regarder nos deux visages collés dans l’eau qui tremble nous émeut. Sur le lac, à la dérive, brûlent les bateaux de papier, entre les fleurs, les bougies roses, vertes, jaunes qui glissent. Je suis tellement excitée par tout ça ! J’en ai les joues pleines de larmes. Il m’a dit, pressant mon sein contre son épaule large :
Pleurer ou rire d’amour n’est rien. Nous, on ira encore plus loin que la peur et l’espoir, au delà du bonheur, de la tourmente. Je ferai cracher à ton vagin des torrents brûlants.
J’ai enfin découvert l’étendue de sa peau, son corps nu d’abord à moitié puis aux trois quarts puis tout. Il sent bon, quelque chose entre le fruit et la fleur. Je me fonds en sa chair, blanc bleuté, qui m’accueille, m’englobe, me prend. Sa chair... divinement onctueuse. Il est un univers à lui tout seul. J’ai à la fois envie de le manger et qu’il me mange...
Il coinçait ma langue entre ses dents et la mordillait.
Un soir, je l’ai invité à manger chez moi. L’amour a commencé quand le repas n’était pas fini encore. M’étant levée pour aller chercher un autre bol de riz, j’ai baissé mon pantalon de pyjama (je ressemblais à une Chinoise, mes yeux bridés, mon pyjama chinois de soie), je n’avais pas de culotte. Fixant mon sexe, la toison, ses joues se sont empourprées. Il est resté tout rouge jusqu’à la fin du repas. Durant lequel, de temps à autre, il glissait ses doigts dans ma vulve ou pressait mon petit bouton de rose.
Peu de temps après, nous sommes passés dans la chambre où nous avons fait l’amour...
Quand il me pénétrait, j’ai cru que je volais. La sensation interne, non corporelle, de voler.
Moi nue sur ses genoux, face à lui habillé. Ses mocassins s’agrippent à mes mollets. Ma chair nue et lui adhèrent l’un à l’autre, comme l’aimant et le métal. Il me mord l’épaule. Tenacement, profondément...
Jusqu’où va-t-il aller ?... Question terrible et délicieuse qui accompagne mon abandon entre ses dents. Confiance entière.
Et toi tu mords, mon amour. Et je vois dans ton regard le même trouble délicieux et terrible que le mien. Alors, tes dents me serrent encore. Dans cette fulgurance, la chair de mon épaule t’appartient.
Quelques jours plus tard, je t’ai montré la marque de la morsure. Qui t’a surpris. J’ai vu l’ombre d’une inquiétude passer dans tes yeux. Mais je t’ai dit que c’était bien, je souriais, j’étais heureuse. Alors tu as souri. Tu m’as dit :
Tu m’appartiens. C’est moi, sur ta peau, tatoué.
Presses de Maison des Geishas - Quartier des Plaisirs - Paris
Technologie hybride UV, trame Staccato sur Condat silk 65 g
Achevé d’imprimer le 30 janvier 2006
Dépôt Illégal
Frederika Fenollabbate