“ Ouvre la bouche et donne-moi ta langue ”, lui dit-il un peu rudement.
Maeva avait de plus en plus de mal à tenir sur ses jambes. S’agrippant à lui pour ne pas tomber, sa bouche s’ouvrit et sa langue s’avança.
La langue d’Elmer était épaisse et rugueuse. Elle sentit des mains lui palper le dos et les fesses, s’acharner sur le tissu de sa robe. Elle entendit ensuite comme un déchirement et frissonna de peur à cause du contact des mains de l’homme sur sa peau, des mains incontrôlables qui couraient partout à la fois.
Ce n’était pas spécialement pour lui qu’elle était venue mais pour Perlette ; et puis, au moment où cela allait se produire, pour personne. Elle n’avait plus envie de rien. Émue par son propre état, elle avait perdu le contrôle d’elle-même. Et elle allait se faire violer sans rien dire ! C’était ahurissant. Des pensées de folie lui tournoyaient dans la tête. Qu’est-ce qu’elle avait pu être idiote, ce matin, découvrant sa tristesse, son sentiment de solitude irréparable devant les deux chapeaux. Ce n’était pas de faire l’amour dont elle avait eu envie. Mais de voir, voir, peut-être à l’occasion aussi sentir, respirer et étreindre un être bien précis, une jeune rousse qui ne couchait qu’avec des hommes, l’imbécile...
Eh bien ! puisqu’il était trop tard maintenant pour se retirer de ce rendez-vous, elle laisserait faire jusqu’au bout, et c’est tout. Elle rangea son vrai désir dans un petit coin secret de sa tête.
Elle fut renversée sur le lit. Et du même mouvement brusque par lequel il lui avait déchiré et ôté la robe, Elmer empoigna les sous-vêtements de la doctoresse pour les lacérer à leur tour. Et sa vulve ne se mouillait pas mais au contraire semblait se dessécher cruellement.
Elle vit soudain que Perlette et Elmer étaient nus aussi. La jeune femme lui souriait sans mot dire, servante docile d’un amour qui lui échappait et qui la dominait, au-dessus de ses moyens. Nerveuse, elle gesticulait tout autour de Maeva, faisant tressauter ses seins dans tous les sens. Maeva, qui ne pouvait pas s’empêcher de humer l’odeur précise de la jeune femme, nota que sa toison pubienne n’était pas châtaine, comme pouvait l’être sa coiffure, mais beaucoup plus sombre.
Elmer avait gardé ses lunettes. Il maintenait écartées les jambes de Maeva, ne se doutant pas qu’elle, elle n’eût pas envie de fuir, se laissant couler dans ce viol qu’elle vivait comme un rite de deuil.
Puis, un visage grotesque se dressa devant elle, un nez long, phallique, noir, des lanières qui quadrillaient la face, une absence de bouche, encadré par des cheveux châtains. Elle entendait le brun Elmer souffler, respirer très fort, haleter comme un chien, comme un fou. Et le visage effrayant pénétra d’un seul coup la vulve sèche.
Elle se débattit et cria. Le vagin brûlait, et aussi le ventre et tout l’intérieur du corps. Borroq l’immobilisait solidement, le visage hagard. La face monstrueuse allait et venait en elle avec une sauvagerie remarquable. Pour la première fois de toute son existence, elle était humiliée, défoncée sans vergogne. Sa tristesse se mêlait à cette rage nouvelle où elle allait se noyer définitivement.
Mais les deux autres poursuivaient leur labeur au mépris de ses plaintes, emportés dans un plaisir qu’elle sentait absolu. Elle devinait que, reliés par une relation forte et secrète, ils fusionnaient à présent d’une manière encore plus vive en la violant. Ce n’était pas l’appendice seul de Perlette qui lui martelait douloureusement le vagin mais un instrument étrange dans lequel le jeune homme et la jeune femme se transcendaient tous deux. C’était le vouloir propre de Maeva qui tombait en éclats. Dès qu’elle saisit cela, elle cessa tout d’un coup ses mouvements et ses plaintes de rébellion. Des larmes se mirent à lui couler sur le visage. Et c’était très doux, finalement, oui, très doux.
Elle sommeillait mais elle entendait tout de même ce qui se déroulait autour d’elle, les éclats d’une dispute proférée à voix très basse, en murmurant. Cela en rehaussait par négatif la violence latente, la discorde essentielle qui surgissait maintenant entre eux. La doctoresse, dans son demi-sommeil, n’était pas sûre de croire à ce qu’elle entendait. Le sujet de la querelle en effet lui paraissait extraordinaire. Peut-être rêvait-elle ? Elle entrouvrit les yeux.
Ce qui se faisait se dresser si opiniâtrement Elmer et Perlette l’un contre l’autre était... la sodomie. Mais il y avait là quelque chose de singulier qui intriguait Maeva. Celui qui voulait, d’habitude, ne tenait pas ce rôle-ci actuellement... Et la personne qui ne voulait pas n’était pas du bon sexe... Maeva en était assez troublée. Elle se forçait à s’extraire tout à fait du sommeil.
“ Encule-moi et tais-toi, dit Borroq.
Tu es sûr ? demanda Perlette qui avait retiré le masque. Tu ne m’en voudras pas après, dis ? C’est certain ? Pas comme l’autre fois ?
Mais non. Tu t’es bien débrouillée avec la vieille. À présent, ma petite, c’est mon tour ! Fais-le, je te dis. Sinon, si tu ne le fais pas... ce serait pire. ... ”
Maeva se dit par la suite que ce fut cette dernière phrase qui dut faire changer d’avis Perlette Boisville. L’homme s’arc-bouta à la tête du lit, tout près d’elle, croupe tendue. Et le visage du monstre fut replacé de nouveau, bride imposante, sur Boisville. Le gode s’introduisit dans l’anus de Borroq qui se mit à geindre. Un moment, il regarda Madame Delfé et, voyant qu’elle les observait, lui lança un clin d’œil. Vaguement séduite par le coquin, elle détourna le visage et ferma les yeux. Son corps nu se parcourait d’étranges frissons. Puis, elle entendit l’homme jouir et s’affaisser complètement.
Frederika Fenollabbate