La doctoresse revient bientôt, vêtue maintenant d’un kimono de geisha, jaune moutarde, dont le bas s’ourlait d’une bande bleu ciel où flottaient des nénuphars. Elle ne portait ce genre d’habits qu’au Palais-Royal, dans cet appartement inconnu de ses amis, parents et connaissances, son secret. Elle avait rassemblé son épaisse chevelure en un chignon serré. L’obi en taffetas vert comprimait sa poitrine bien développée. Comme si elle était d’Afrique et d’Asie en même temps, elle rassemblait en elle les confins de la Terre. Pour la jeune fille, elle apparaissait merveilleuse mais inquiétante aussi. Ne se ralliant plus exclusivement à une ethnie déterminée, elle les embrassait toutes. Qu’est-ce qu’elle était donc ?... Debout devant elle, le cœur battant, Auréliane se taisait. Tous les sons lui paraissaient sourds et lointains et elle n’avait pas envie de regarder au-delà, comme si tous ses sens à présent ne s’orientaient plus que vers cette création émouvante. Maeva Delfé vit son trouble et lui tendit les bras. Alors, la fleuriste prit dans les siennes les longues mains tendues et sourit. Le visage de Maeva, sensuel, fendu de ses grands yeux qui la contemplaient, était tout levé vers elle.
« Viens », murmura-t-elle.
Les muscles d’Auréliane se mirent à trembler et une boule lui contracta la gorge. Elle fut attirée vers elle. Ce fut à ce moment que l’obi comme par magie sauta. Le kimono s’ouvrit, dévoilant enfin les gros seins de la doctoresse.
Elles se regardaient, silencieusement. Auréliane dans sa robe de daim souple et Maeva complètement nue. Les doigts de celle-ci dégrafèrent ensuite le col de la robe, faisant apparaître les épaules et le début de la gorge. Ses lèvres entrouvertes se mirent à embrasser la peau pâle. Les baisers s’avançaient par moments jusqu’à la naissance des seins sans jamais aller plus loin, dans une tension sadique qui étreignait la petite marchande de fleurs. Maeva fit ensuite glisser au sol la robe puis la culotte blanche de cette fille qu’elle ne connaissait pas et qu’elle n’avait d’ailleurs aucune envie de connaître.
Auréliane ne portait plus que ces cuissardes. Elle se courba pour s’en défaire et la doctoresse lui passa une main furtive sur le fessier, éparpillant une pailletée de sensations. Auréliane se redressa, jeta ses bottes sur le côté et regarda avec attention la femme nue devant elle. Les mamelons de Maeva miroitaient.
Les corps se joignirent. La fleuriste sentait la douceur de l’autre poitrine et ses pointes à elle, hautes et dures, qui se touchaient. Elle se souriaient l’une à l’autre. Le chignon de Maeva s’était dénoué ; il lui donnait l’expression prédatrice, sauvage, de la femme qui s’abandonnait. Ses mèches ondoyantes s’accrochaient aux cheveux d’Auréliane. Celle-ci eut envie de lui dire qu’elle l’aimait. Ses seins menus se noyaient dans la douceur de l’autre poitrine.
L’entraînant sur le sol, la doctoresse l’allongea pour mieux la caresser. Auréliane avait des hanches rebondies et les doigts qui les parcouraient, connaisseurs et subtils, se faisaient tellement légers et véloces qu’il lui semblait être câlinée par un être magique, une créature destinée aux service de la sensualité. Jamais Auréliane n’avait été touchée de cette façon. La caresse était tellement douce, onctueuse qu’elle donnait envie de pleurer. Les bras d’Auréliane encerclèrent Maeva qui aussitôt se serra fort contre elle sur toute sa longueur. Elles s’agrippaient l’une à l’autre, abandonnées et farouches, happées par l’enveloppement intégral.
Puis, elles se décollèrent un peu de l’une de l’autre, étendues sur le flanc, face à face. La main d’Auréliane s’agitant, se tendant vers l’avant, se mit à parcourir la peau si veloutée, granulé moelleux, de l’amante. Dans l’épanouissement des limites propres, les sens eux-mêmes finissaient par n’être plus séparés. Elles exultaient partout... Le cheminement sur toute la peau évolua en graduations, de plus en plus vers le bas. L’organe de chair ouverte, qui pulsait, attirait, attirait. La caresse vint s’y fondre ; doigts agiles attisant leur centre de toutes parts.
Haletantes, elles criaient presque. Toute leur intelligence de chair se soulevait dans des serpentins de plus en plus vastes, infini rayonnant. Et elles avaient les visages qui se heurtaient en jouissant.
Cela portait à son comble la perte absolue des repères... Elles baignaient dans le miroir aux vulves.
Frederika Fenollabbate