La verge est une grosse tige bien douce et quand le vagin la contient, les parois du sexe de Sophie se font soudain très fortement sentir. En elle, il y a de la peau. Encore, toujours de la peau. La peau du vagin et la peau de la verge se touchent et se frottent. Jozef et Sophie se mettent à bouger ensemble. Sophie, toujours si attentive aux visages, n’a plus besoin maintenant de le regarder. La surface n’est pas, dans les noces, quelque chose qui se contemple. La surface est dedans. Le dedans est une surface ; c’est sentir les peaux qui, cachées, se révèlent l’une par l’autre. La tête n’est plus le sommet du corps. Ils comprennent que le corps est une invention. Il n’y a que la peau puisque être, c’est toucher l’autre et qu’on le touche par la peau. Il y a une grande différence entre eux, remarquent-ils en continuant leur mouvement de va-et-vient ; la grosse tige dure qui s’enfile au-dedans du corps féminin, recontre tout simplement de la peau. La peau maintient le dedans à distance. Alors, la verge, en allant dedans, n’y va pas du tout. Le dedans de Sophie n’est pas un dedans. Elle n’a aucune intériorité. Car le trou, quel qu’il soit, est toujours tendu de peau. Jozef aime Sophie c’est-à-dire qu’il ne croit pas à l’existence de son intériorité. Le torse de Jozef s’éloigne parfois de Sophie. Elle était au-dessus de lui, les jambes de part et d’autre. Elle est maintenant au-dessous, ses jambes jointes et levées bien à la verticale. Jozef saisit les deux pieds de Sophie et, lui et elle interpénétrés, il la soulève ainsi puis la rabaisse à plusieurs reprises. Ainsi, les peaux se touchent par un mouvement qui leur est propre, pour la plus grande excitation de Sophie. Sophie se redresse une dernière fois. Il s’engouffre tout en elle. Elle le sent dans ses poumons. C’est pour cela qu’elle halète. Il lui semble qu’elle a du mal à respirer. Mais elle se rend compte très vite que ce n’est pas cela, c’est un autre qui respire à sa place. La mort, c’est pareil, sauf que là, il s’agit d’un autre qui n’existe pas. Pourtant, le processus est le même. C’est pourquoi on rapproche la mort et l’amour, pour cette seule question de respiration. Ils commencent à apprendre à mourir en s’aimant : apprendre à respirer par un autre puisque ce n’est plus par son corps qu’il le fait mais par celui de Sophie. Il prend Sophie c’est-à-dire qu’il a le corps de la femme et non plus le corps propre pour respirer. Se pénétrant, ils signent tous deux la disparition du corps de Jozef. C’est ce qui fait pleurer Sophie. Enlever de la circulation le corps qu’elle aime est le plus grand bonheur. Car aimer, c’est désirer entrer dans le secret de la matérialité de l’autre, et, pour cela, la percer, la détruire. Quand le vagin très doux et très souple contient la tige épaisse, nerveuse, les sensations produites par les mouvements, par les contacts de ces peaux, font que le seul dedans qui puisse exister, Jozef, lieu de la respiration de Sophie, n’est qu’un espace vide, sans matérialité. C’est donc par ce corps masculin que s’établissent les échanges de la femme avec le dehors, c’est donc par lui qu’elle respire et c’est pourquoi le corps de l’homme disparaît pour n’être plus que sa respiration à elle. Ce n’est pas sur sa propre fragilité que pleure la jeune mariée. Elle, elle n’est rien moins que fragile.
frederika fenollabbate