Ses boucles de cheveux, déployées sur l’oreiller, dessinent un océan secoué par la tempête. Elle dort profondément. Sa poitrine se soulève avec calme sous les broderies du drap. Jozef Mauvert s’approche du lit en émettant des sons brefs et rauques. L’expression de son visage est inhabituelle ; il a l’air très jeune. Soudain, il lève les index pour les poser sur les paupières de la dormeuse.
Il ne voudrait pas la blesser ; il le jure. Mais il faut qu’il appuie sur les yeux de Sophie. C’est ainsi. Il ne sait pas s’il lui fait mal. Mais elle ne réagit pas, alors, il est incapable d’évaluer la pression de sa caresse étrange. Ce n’est pas l’aveugler qu’il désire, non ! D’ailleurs il est persuadé qu’il ne lui fera jamais de mal, elle est si belle. La délicatesse des paupières l’attire trop. Ses doigts les pressent un peu plus. Elle, dans le lieu de son rêve, ne dit rien. Il est de plus en plus dangereux, les sons de sa gorge se font de plus en plus fort et plus rapides. Les paupières roses et bombées de Melle Weiss sont si jolies et fragiles, laissant voir par transparence la couleur automnale des prunelles, qu’il a un désir unique, obsédant : toucher le regard. Plus il l’aime, plus sa caresse est imprudente. Elle n’est plus située qu’à une distance de la pression fatale.
frederika fenollabbate