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Fiction (extrait)
Editions Belfond, Paris, 1991

Le Majordome (extrait 3)

Auguste Naussans, dans une combinaison moulante et élastique, debout devant le tapis, nous regarde en faisant des mouvements de gymnastique. Son vêtement ne le couvre pas, il met en valeur sa nudité. Il est habillé ; en fait, il est nu sans l’être, ce qui est pire. J’essaie de le regarder dans les yeux mais j’avoue que cela m’est impossible. Ce que je ne cesse de fixer : ses couilles moulées qui ressortent, sa verge gainée jusqu’au délire. J’ai envie de tout ça en moi, comme jamais de ma vie, jusqu’au dégoût et même pire. Il me pointe du doigt les seins d’Alice. Ma main les touche. Elle me gifle. Je les retouche. Elle me donne une claque sur mes parties sensibles. Je commence à me gratter là et esquisse le geste d’ôter mon pantalon. Alice crie : « Non ! » Auguste acquiesce au Non d’Alice. Je serai le seul à rester habillé ; ça me gêne.

Nulle partie de mon corps n’est donc excitante ?

Puis Alice, ayant mal au dos à force de rester couchée sur le plancher trop dur, se relève brusquement. J’attrape sa cheville. Elle s’accroupit. Ma main remonte le long de sa cuisse, trouve un trou humide, ouvert, profond. J’y mets les doigts un peu n’importe comment. Je cherche, je trifouille.

Alice sourit de plaisir.

Jamais elle n’a été aussi belle, la mère de mon enfant.

Le plaisir mouille grandes et petites lèvres, je m’enfonce un peu plus dans cette chaleur rosée, ouatée, ourlée de fange. Je sais que les sables mouvants ne sont pas loin, qu’il y a un point précis dans ce corps étranger que je nomme « corps d’Alice », un seul point qui me fera perdre pied. Un seul point et, dès que je le toucherai, je ne saurai ni mon nom, ni mon âge ni mon sexe.

Frederika Fenollabbate