Il n’y a que mon médecin et moi dans la chambre. Il s’est déshabillé et a promené sa verge en érection au-dessus de mes narines. À la bonne heure ! Il ne s’est pas lavé depuis au moins quinze jours. Ses odeurs me raniment. Je lui souris faiblement. Il m’emmaillote étroitement avec le drap et les couvertures. Je suis prisonnier, c’est délicieux. Il se couche sur moi, m’entoure de ses bras. Nous roulons ensemble. J’ai une envie folle de le saisir, de le toucher. Je ne peux pas me débattre. Je suis ficelé dans mes vêtements de fortune, à la merci du docteur ; c’est délicieux. Je commence à transpirer. L’épaisseur de la laine ajoutée à l’intensité de mon désir me met en nage.
À présent, je suis enveloppé par une humidité incroyable. Enfermé et nu dans un vêtement qui exprime pour moi la cellule :métaphore du monde, je nage dans ma transpiration. Cela procure comme un effet d’ouverture. Dans le ventre de ma mère, clos, je vais là où je veux. Je ne sors pas. La cellule même est dérive. Je nage en haute mer. Auguste chante très fort une berceuse, comme s’il devait endormir un titan ou un ange très lointain.
Je ne savais pas que les fœtus bandaient. À la merci d’Auguste et rien que pour lui, lui ma mère et ma sage-femme, mon Socrate et mon Platon, je bande, je bande.
« Ce n’est pas tout ! dit-il avec un rire mauvais. Un jour, il faudra se décider enfin à naître !
— Pourquoi es-tu si méchant ? dis-je.
— La méchanceté est une maladie éphémère que je ne prends même plus le temps de soigner, répondit-il. C’est toi qui es méchant, fanfaron, pas moi ! Pourquoi te barricades-tu sous ces montagnes de lainages ? Quand m’aimeras-tu enfin ? Tu m’attises et puis tu me fais attendre. Tu brilles et puis tu t’échappes... On dirait que, de l’amour, tu ne connais que les signes. »
Frederika Fenollabbate